.Non, il ne fallait pas y goûter. Il fallait juste faire plonger les autres dedans. Je voulais qu'ils s'y noient et qu'ils savourent. Mais non, pas toi, jamais, je ne voulais pas. J'écris cela comme si après lui avoir dit, j'étais sortie, qu'il faisait nuit et que je tombais par chance sur un bus. Je serais montée à l'intérieur, je me serais assise à la place habituelle et je serais allée jusqu'au centre ville. Et là, je serais descendue et je l'aurais vu. J'ai encore des espoirs pour que cela ne soit pas lui. Mais non. Rien. J'aurais seulement vu des jeunes, des pauvres et des fous. Ou je n'aurais rien vu. Juste un souvenir dans ma tête. Son regard qui croise le mien. Mais bon, ce jour-là, j'étais ridicule. Tout avait commencé quand je m'étais assise dans le tramway, que je cherchais une chanson à écouter, la tête baissée, et que j'ai levé un peu les yeux. Des chaussures de skate, des jambes poilus, un short de je ne sais plus quelle couleur, un t-shirt blanc je crois & son visage que j'ai immédiatement reconnu. Sur le coup, je me suis sentie très mal. Rester là à ne rien faire, je ne pouvais pas. Il fallait que je bouge. Je me suis donc levée, encombrée de mon sac à dos et de mon mp3 toujours dans la main. Quand j'ai posé mon sac & que j'ai relevé mes yeux vers lui, il me regardait. Alors non, il n'était pas drogué. Il m'avait reconnue comme moi je l'ai reconnu. Mais il ne pouvait pas avoir ressenti la même chose que moi. J'avais peur. Lui, il s'en fichait sûrement. Il parlait avec une fille. Au bout d'un moment, elle est partie et il est allé s'asseoir. Le tramway se remplissait de plus en plus. Je ne sais pas s'il était sorti ou s'il était encore là. En fait, il ne m'avait peut-être pas reconnue et il était réellement drogué. Il m'a peut-être juste regardée parce que comme d'habitude, je n'avais pas été discrète. Mais quand j'ai croisé ses yeux pour la dernière fois, son regard noir me prouvait le contraire. Je n'ai pourtant rien fait. La dernière fois. Non, je l'ai revu. Mais pas comme je le voulais. Je ne voulais pas. Maintenant, je veux. Je veux y regoûter. Je veux avoir de nouveau cette peur. Peur pour rien. Vous savez, je m'imagine sans cesse une autre vie et j'aime tout foutre en l'air. Ma vie, je veux la foutre en l'air. Revenons à la réalité. Je lui ai dit et je n'aurais pas dû. Même si je l'ai fait, je dois encore garder tout cela pour moi. Souffrir en silence. Mais allez, maintenant, j'ai l'habitude. Quitter une douleur pour une autre douleur. Moins souffrir. Mais toujours sans pouvoir rien dire. Sans oser rien dire par peur d'abuser. Je fais avec. Mais je fais quoi ? Je me tue à l'intérieur. Plus tard, cela sera pire. Je n'aurais même plus le temps d'avoir mal. Je veux vivre et être aimée, mais je ne sais pas comment faire. Aidez moi, s'il vous plaît. Alors, cette nuit-là, au lieu de pleurer, je serais sortie, n'est ce pas ? J'aurais essayé de montrer ma douleur & ma détresse à tout le monde. Ils n'auraient rien remarqué. J'aurais eu encore plus mal. De l'amour et de l'attention, rien que ça. J'ai le mérite d'avoir réussi à l'oublier. Je ne voulais pas goûter à la vie. Non, toi, je te voulais tout simplement. Rien que toi et ton coeur.